The Rolling Stones & Stereophonics - ParisBercy - 7 juillet 2003

Le catalogue de merchandising (qui propose des articles à tarifs prohibitifs allant du tapis de souris à la culotte léopard, en passant par le drap de plage "Made in the shade") annonce que la tournée Forty Licks est la célébration définitive de la "concert experience".

Voir Mick, Keith, Ron et Charlie releverait ainsi de l'expérimentation ultime.

Les Stones "offraient" une série de 3 concerts à Paris avec différents paliers d'intimité - Olympia (pour les very VIP) - Bercy (pour les People et une poignée d'intrus*) et le Stade de France (pour tous les autres).

Quelques heures avant l'ouverture des portes, le Palais Omnisport de Paris-Bercy était ceinturé de revendeurs de places à 100 euros : les habituels spéculateurs agressifs et beaucoup d'étrangers qui souhaitaient se délester de leur tickets achetés à prix d'or six mois auparavant.
Finalement, les places se braderont aux alentours de 30 euros quelques minutes après les premiers titres des Stéréophonics.

Il doit toujours être évidemment ardu pour un groupe, même expérimenté, d'assurer la première partie de l'effet rouleau-compresseur des Pierres Qui Roulent, face à un public venu pour voir LA tête d'affiche mondiale.
Les Stéréophonics paraissent microsocopiques sur l'immense scène et disposent de peu d'espace pour défendre leurs compositions, qu'une infime partie des 16 000 personnes devait certainement connaître.
Malgré ces handicaps, le trio relèvera le défi en proposant de très bons extraits de ses 4 albums, dont le dernier "You gotta go there to come back" est récemment paru.

Près d'une heure de battement sera nécessaire, durant laquelle on aperçoit des People en s'interrogeant sur leur présence en ces lieux (le magnat de presse Colombani, l'ex-mannequin Carla Bruni, le cinéaste Régis Wargnier...), avant que les légendes vivantes ne foulent les planches de la plus grande salle de France.
Les allées et couloirs sont alors envahis par de jeunes hommes et femmes-sandwiches proposant des gadgets, tous plus inutiles les uns que les autres : comme à Eurodisney, le porte-monnaie est sollicité en permanence.

Et le mythe fit son apparition et balaya d'un riff définitif le passé immédiat.

Les Stones sont irréels, intouchables et hors du temps.

Vraisemblablement fortuitement, la play-list débutera sur "Street fighting man" et s'achèvera sur "Satisfaction".
Deux classiques, odes à la rebellion immédiate et à l'insatisfaction permanente.
On ne peut plus considérer le show des Stones comme un concert rock, mais davantage comme un témoignage conceptuel qui pourrait s'intituler "Mick, Keith, Ron et Charlie content l'histoire du rock -la leur- en 2 heures".

S'axant sur des classiques de "Let it bleed" et d'autres titres tout aussi incontournables comme "It's only rock'n'roll" ou "Start me up", glissant au passage une composition récente "Don't stop" décevante, Mick et Keith dominent la performance et assurent le spectacle.
Keith se fendra de deux titres au chant, avec sa terrible voix de grand-père.
Mick sautillera en permanence, avec son t-shirt rose taille S, tout en interpellant le public dans la langue de Raffarin.
Les Stones joueront, dans des conditions "club", "Hoochie coochie man" sur une mini-scène au centre de la fosse...

Difficile de conclure comme Philippe Manoeuvre que "c'était le meilleur concert depuis l'Olympia en 72 !", mais ce type de moment effectivement unique ne peut s'apprécier qu'avec le temps, en y songeant régulièrement, tant les 120 minutes passées en leur compagnie n'ont pas semblé exister !

Samuel Charon - lnorahc@yahoo.fr
* nda : dont votre serviteur


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