Oslo Telescopic meets Dominique a and Fabio Viscogliosi - Café de la danse - 17 décembre 2002

Comme les mercenaires, ils sont 7, à défaut de colts, leurs inquiétantes silhouettes arborent d'énigmatiques lampes frontales, et tels les fameux pieds nickelés, leur uniforme se compose de chemises striées ...
Mais qui sont donc ces nouveaux super-héros ?

Qui n'était pas mis au parfum de l'obscur projet Oslo Telescopic et de la véritable énigme que constitue son line-up a dû pour le moins se sentir étonné à l'apparition sur les planches de six lascars à l'aspect furieusement comics, balayant la foule grâce à d’opportunes torches vissées sur le crâne, grimaçant à qui mieux-mieux avec force rictus, expressions inquiétantes que ne cachaient que peu les bandelettes momifiantes dont ils avaient recouvert leurs énigmatiques faciès.

Déversant une affolante prose fielleuse martelée sur des beats lo-fi, une voix trafiquée mixée en avant, la consternation est patente dans les rangs, follement pris à parti par ailleurs par une voix samplée, assénant des propos outrageux que ne renieraient pas les Stupeflip, passés maîtres en la matière ("We fuck You All !").
Mine de rien, la pression monte dangereusement dans ces agressives complaintes (« I've got a devil's haircut on my mind », en vient-on à fredonner …) et on essaie tant bien que mal de deviner qui se cache derrière les silhouettes patibulaires de ces marvels de pacotille ...
Et Dominique a, d’ailleurs, est-il déjà sur scène ?

L'interrogation ne demeure guère plus longtemps que 5/6 morceaux : 2 malabars ventripotents amènent tout d'un coup des coulisses un forcené attaché à sa chaise.
Celui-ci, emprisonné comme à camisole, dodeline vaguement de la tête sur ce morceau barré, pièce égarée au sein de ce pseudo cabaret déjanté. Asile d’aliénés ?

Il faut la force furibarde d'un morceau noisy-punk, asséné martialement, pour que l'individu se libère de ses chaînes et danse la gigue, secoué convulsivement dans des mouvements d’apocalypse quasi-tribaux.
Là, le doute n'est plus permis : on t'a reconnu, Dominique, en 7ème membre de cette perverse clique !

Le concert change alors singulièrement de tournure : le tempo se fait plus mesuré, accompagnant le timbre mélancolique du nantais toujours démonstratif dans ses postures habitées de grâce.
La chanson "Hit hit hit", déjà interprétée dans le cadre de sa tournée solo, ensorcelle vraiment, sur ce swing enlevé où il se laisse magiquement valser, déclenchant quasiment les lazzis de ses compagnons d’épopée.
Les disgressions finales enlevant le set vers des abymes métal laissent pantois : jamais nous n'aurions imaginé le héraut de la chanson minimaliste à textes capable d'expérimentations à la limite indus. Renversant !

Les rappels permettront par ailleurs d'ôter une part du profond mystère entourant le combo : Fabio Viscogliosi, n'en pouvant plus, ayant enlevé ses « pharaoniques » bandelettes pour exécuter ses dernières stridences guitaristiques.

Ce dernier aura littéralement ébloui en première partie, présentant ses délicates compositions dans une formule trio, rejoint parfois par Mr Neveux, autre composante de poids du label Microbe.

Ecrivant aussi bien dans la langue de Dante que celle de Shakespeare, ce collaborateur de Married Monk, auteur avec « Spazio » d’un premier album solo remarqué, évoque dans de jolies vignettes le pays de ses origines sur des arrangements emplis d’une douceur toute transalpine.
La mélancolie pointe le bout de son nez sur ce chemin tortueux et surtout vertueux, sur lequel l’artiste tente toutes les audaces.
Ce dessinateur de renom n'a nul besoin de grossir le trait pour faire parler son talent : son répertoire oeuvre pour lui.

Jérôme Crépieux - suenospolares@yahoo.fr


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