Festival des Effervessonne - Dimanche 1er Décembre - Dionysos, Stupeflip, Guitar Wolf, Programme, Luke, Red ...

A chaque festival sa révélation...

Alors que tout un chacun à Villebon sur Yvette voulait voir en Stupeflip le plus sérieux prétendant pour cette distinction de choix, nul doute que les quelques trop rares spectateurs à avoir attendu la démentielle entrée de Guitar Wolf sur les planches de l'exigu châpiteau du « Magic Nervous » (sic) auront manifesté un tout autre suffrage au moment du passage aux urnes ...

Cette bande de 3 japonais déjantés (Guitar, Bass et Drum Wolf !), adeptes du kung-fu ramone, pratique martiale particulière qui consiste à usiner plus vite que son ombre moult riffs ravageurs, dans une furie rock'n'roll sauvage et incomparable, est ainsi venue dévaster les tympans déjà sérieusement meurtris par le show braillard du C.R.O.U Stupeflip qui ouvrait avant eux.

Ces énergumènes cultivant un humour féroce, à défaut de substances hilarantes, dont ils condamnent perversement dans leur mega-tube « Je fume Pu d'Shit » les stupéfiants ravages, apostrophent régulièrement et de manière ordurière, dans un show halluciné (comme quoi...) et hallucinant, un public pas chien qui en rajoute lui aussi dans la surenchère outrancière.

Cela donne à la prestation de ces descendants de l'héritage Béru un aspect fort décousu, que des compositions hilarantes, à la limite du pastiche (« Comme les zot' », « The Cadillac Theory » ...), emballent pourtant dans des virées hautement foutraques et dynamiques, que renforce un casting improbable (palme des effets spéciaux pour « Les monstres » ).
Avant de définitivement trancher le cas Stupeflip, on attendra donc la parution de l'album, objet d'un buzz savamment entretenu par le label Vorston & Limantell, sous-division de BMG, et dont c'est la première signature.

De cette incroyable journée du dimanche, au casting enthousiasmant, on retiendra aussi le talent mélodique de Luke, dont l'album « La vie presque », paru l'an dernier, n'a certainement pas eu tout l'éclairage qu'il méritait.
Porté par la présence vocale de son chanteur Thomas et les savants entrelacs de guitares explosives avantageusement mixées, le groupe épate ainsi par un son revigoré qui sied au mieux à leurs splendides compositions (« Se Taire », « La Cour des Grands », « Je N'Eclaire Que Moi ») pafois un peu ternes et retenues sur disque.

La fadeur est par ailleurs loin d'être le qualificatif qui sied le mieux aux uppercuts sonores délivrés par Programme, nouvel espace d'expression des diablotins Arnaud Michniak et Damien Bétous (ex-diabologum), qui se sont encore radicalisés dans leur discours intransigeant, fustigeant dans le cadre risqué du minimalisme (voix, samples, guitare) les errements d'une époque maudite.

Les plate-bandes foulées quelques instants plus tôt par les histrions hallucinés de Dionysos nous paraissent alors bien lointaines, cette clique affolante épatant une fois de plus son large auditoire par l'enthousiasme communicatif et revigorant de son leader poids-plume Mathias Malzieu (50 kg tout mouillé), parti comme à son habitude, outre roulades et cabrioles en tous genres, dans des stage-diving d'anthologie.

Il faut le voir ainsi porté à bout de bras par un contingent de fans hystériques rejoindre le fond de la salle du Grand Dôme, vaste salle omnisports joliment mise en valeur par les installations de Rémi Pollack.

Provoquant des mouvements de satisfaction sur les tubesques et crétins hymnes dadaistes « Coccinelle » ou « Song for a jedi », le groupe honore grandement la dernière date de sa tournée de promotion de « Western sous la neige », opus produit par le maître Steve Albini.

Aussi à l'aise aux manettes que le parrain du son grunge, Gordon Gano, ex-leader des mythiques Violent Femmes et producteur du multi-platiné 1er album de Louise attaque, prêche dans un hangar qui sonne désespérément creux les douces complaintes de son éblouissant répertoire.
Bien que secondé d'un groupe discret qui bénéficiera malgré tout en toute fin de set de l'éclairage inhérent actuellement aux groupes issus de la grosse pomme, Gano enchantera les quelques aficionados venus découvrir en exclusivité française les pépites de son album à paraître sur le label Atmosphériques, terre d'accueil de Tarmac, dont il reprendra l'émouvant « Tu semblante ».
« Hitting the Ground », prévu pour les premiers mois de 2003, bénéficie d'ailleurs de la présence éclairée de Lou Reed, John Cale, PJ Harvey ou Frank Black, ce qui devrait valoir à son auteur au moins un succès d'estime.

On souhaite la même destinée à Red, folk-singer d'exception, qui vient de sortir un album d'une beauté troublante, « 33 », chez Universal Jazz, après avoir promu avec véhémence il y a quelques mois ses magnifiques covers de Leonard Cohen sur « Songs From A Room ».

Il sera l'une des multiples découvertes d'un festival attachant qui, en quelques éditions à peine, a su se faire une place de choix dans le paysage musical français, soutenu il est vrai par un Conseil Général de l'Essonne fort attentif à promouvoir à sa juste mesure cette manifestation certes coûteuse (budget proche des 900 000 €) mais à la qualité incontestable.

Avec une programmation dominicale risquée, fort heureusement au final succès artistique et populaire, cette édition pose les jalons d'un festival intègre qui ne demande qu'à s'épanouir encore davantage.
A suivre en 2003 ...

Jérôme Crépieux – suenospolares@yahoo.fr




 

 
 
 stupeflip, en les voyant j'ai eu le sentiment que leur opération marketing faisait ...(p)shit(t) !!
on peut toutefois les féliciter pour le texte de "je fume pu' d'shit" vivement réaliste.
08/12/02 11:44