Dominique a - Marc A. Huyghens - Le Trianon26 novembre 2002

Les tournées solo semblent être décidément dans l'air du temps : après Joseph Arthur, parti avant lui illuminer de ses complaintes torturées les salles toutes ouies de l'hexagone, le nantais Dominique a reprend l'audacieuse formule et la pousse vers des hauteurs insoupçonnées.

Le chanteur de Venus, Marc Huyghens, sans doute venu se rôder en prévision des joutes prochaines des Transmusicales rennaises, où son groupe s'installe en résidence trois jours durant, offre en ouverture, lui aussi en solo, bien plus que se que l'on attend habituellement d'une première partie.

Il émerveille littéralement, que ce soit par le biais de titres de son famboyant répertoire, ou d'improbables reprises piochées dans une discothèque que l'on devine fort éclectique.

Sous des arrangements dépouillés, manipulant mandoline ou banjo aux incomparables sonorités, il captive très vite le large auditoire rassemblé sous les ors du magnifique écrin du Trianon, au charme délicieusement suranné.

Il transforme ainsi le pourtant exaspérant " Sweet dreams ", que les improbables programmateurs-marketeurs de la bande FM matraquent à longueur de journée sur les ondes, en une évanescente comptine, petite sœur de «I see a darkness » de Will Oldham, sur laquelle il enchaîne sans sourciller.

Finissant son set sur un des meilleurs titres de « Welcome to the Modern dance hall », opus qui fit se révéler Venus en France, Marc Huyghens regagne les coulisses sous des applaudissements nourris et ce n'est que justice.

A l'en croire, Dominique a, comme il nous l'assène dans une introduction osée, sous la forme d'un monologue lancinant balancé par son ingé-son, trouverait pour ainsi dire le sommeil en claquant des doigts...

Ce ne sera point le cas sans doute pour l'ensemble des spectateurs venus assister à cet événement et repartis tout excités par un véritable tour de force : dès les premières notes de « Lumières », le magnifique titre de Gérard Manset qui ouvre les hostilités, l'évidence jaillit. On tient là une de ces performances malheureusement trop rares et pour lesquelles, à y bien réfléchir, on se damnerait volontiers corps et âmes.

Le morceau de Sapho sur lequel enchaîne l'élancé nantais renforce cette conviction : triturant magistralement sa guitare, développant simultanément moult strates musicales et vocales, grâce à la précieuse aide d'un sampler utilisé de manière virtuose, il transfigure son répertoire et prend des risques que peu d'artistes osent actuellement.

On le vit cet été à Benicassim noisy et électrique, entouré d'un groupe à sa mesure : seul, l'orientation musicale n'en devient que plus évidente.

Qui osera dire désormais que le « Twenty-two bar » n'était qu'une aimable guimauve ?

Parée de stridences saturées, avantageusement accompagnées d'un éclairage minimaliste mettant en évidence le charisme et la gestuelle travaillée d'un artiste qui a oublié ses hésitations scéniques d'antan, la ligne musicale devient à maints reprises rock'n'roll, à la faveur de covers d'improbables combos.

La voix, belle et émouvante, vous glace les sangs, comme sur ce « Le métier de Faussaire » imparablement remis sur pied .

Sur des titres plus légers, comme « Je t'ai toujours aimée », reprise des obscurs Polyphonic Size ou bien encore « Les enfants du Pirée » , extrait du répertoire de la diva au strabisme ravageur, Dominique charme son auditoire et fait preuve d'un à-propos inconnu jusqu'alors dans ses échanges certes parcimonieux avec le public.

Et quand l'Artiste s'éclipse après maints rappels et plus de 2 heures de présence, nos yeux s'embuent, perdus dans les profondeurs inouies d'une prose ravageuse.

« Mais où sont passées les lumières qui nous guidaient ?»
A jamais enfouies en nos entrailles...

Jérôme Crépieux – suenospolares@yahoo.fr


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