Festival des Inrockuptibles - Ms Dynamite – Scratch Massive – Trash Palace – The ClonesDimanche 10 novembre – La Cigale

Que l'on ne s'y méprenne pas : si la Cigale sonnait artificiellement plein ce soir là, avec des places littéralement bradées au marché noir, on le devait plus à la présence de l'explosive Ms Dynamite qu'aux pathétiques élucubrations de Dimitri Tikovoi et des siens, planqués sous le risible projet Trash Palace.

Peut-être d'ailleurs que certaines minettes venues applaudir leur chouchou de Brian Molko, intervenant de choix au sein de cette auberge espagnole et d'ailleurs assez risiblement sur la voie de la calvitie précoce (son image savamment travaillée d'androgyne en prenant alors sacrément un coup) en auront été pour leurs frais : un petit titre pour ce dernier et puis s'en va, histoire sans doute de ne point trop se compromettre dans un tel naufrage.

Sa voie nasillarde, reconnaissable entre mille, aura malgré tout permis de faire décoller un tant soi peu le show très new-wave et artificiellement érotisé du producteur égrillard, qui, même s'il fait occuper une place de choix à l'avant-scène à sa vamp de femme, aura du mal à attirer tout du long l'attention d'un public qui dès les premières notes, en connaisseur, se rue en masse qui au bar, qui aux chiottes.

Il faut dire qu'aussi bien l'absence de Murat, cloué au lit pour des problèmes lombaires, auteur lors de la pitoyable performance de Trash Palace à Saint-Malo des définitifs, « Allez les filles, allez les garçons, niquez ! » (sic) que de celle de l'actrice sulfureuse Asia Argento ôtaient déjà une bonne partie de l'intérêt de la chose.

Cette soirée initiée par le duo des « Clones », venus assommer de beats martials une assemblée qui en d'autres temps à la même heure ou presque avait droit aux sucreries de l'Ecole des fans, tourne alors très vite à la mascarade.

Et quand une partie des espoirs de sauvetage de la soirée reposent sur les frêles épaules du duo pas glamour pour un sou de Scratch Massive, on commence alors sévèrement à douter.

Voire à se dire, que, tout compte fait, on est engagé nous aussi dans une épreuve, toutes proportions gardées, aussi épique que bien des concurrents de la Route du Rhum lancés ce jour là dans une traversée au combien traumatisante.

On a beau se raccrocher à quelques éléments rassurants (quelques trouvailles guitaristiques de Poupaud, officiant parallèlement au sein de la FFF ou les élucubrations vocales de Camille BazBaz, accoutré reggaeman), la Cigale tangue généreusement jusqu'à ce que ne survienne sa Sirène.

Ce sera ce soir-là Niomi McLean-Daley's, plus connue sous le nom de Ms Dynamite, et qui aura tôt fait de faire chavirer l'assistance par une attitude coolissime, un flow époustouflant et la qualité de compositions embellies par les puissant réarrangements assénés par un backing-band ultra-efficace.

« Put him out », comme « It takes more », embelli par un sample très Carlos Gardel, qui renvoie les surfaits Gotan Project à leurs chères études, voient ainsi se développer les suaves arpèges d'un guitariste inspiré, alors qu'à l'avant scène la Ms, toute mimi dans une tenue loin des survets informes qu'elle arbore habituellement, fait chavirer aussi bien les cœurs de ces messieurs que de leurs cavalières, aidée dans son chant par deux choristes au professionnalisme chevronné.

“Dy-na-mi-tee”, exécuté en rappel, petite bombe de soul moderne, pose les jalons : la prochaine fois, ce ne seront plus quelques centaines de privilégiés qui seront à se pâmer devant la grâce de la belle, vainqueur cette année du prestigieux Mercury Prize, grâce à la galette « A little Deeper ».

Mais bien des milliers : à elle bientôt Bercy et autres insupportables hangars des temps modernes : nous n'y serons pas, mais nous aurons au moins eu le privilège d'assister à l'éclosion d'une étoile…


Jérôme Crépieux – suenospolares@yahoo.fr


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