Festival des Inrockuptibles - The Libertines, British Sea Power, Baxter Dury, Jacob Golden - Soirée Rough TradeJeudi 8 novembre – Divan du Monde

En cet automne frisquet, avare en elixirs musicaux propres à réchauffer aussi bien corps qu’esprit, la presse a comme toujours tendance à monter en épingle des épiphénomènes qui en d’autres époques plus luxuriantes n’auraient guère eu droit qu’à un entrefilet dans telle morne gazette locale.

Sensation de saison, les gandins des Libertines, réponse à retardement de la très fière albion aux électriques déflagrations de la scène new-yorkaise, viennent ainsi en ce glacial jeudi de novembre essayer de donner le ton du festival des Inrocks, quinzième du nom, en la divine salle du divan du Monde.

« On veut les Strokes » crie sans sourciller le quidam à l’explosive entrée de ces gamins il est vrai bien trop lookés pour être honnêtes.

Cuirs étriqués, moulant leur fines et altières silhouettes, jeans Calvin Klein coupés au cutter pour faire rebelles et chaussures qui feraient passer les pompes de Roland Dumas, dûment sponsorisées par Elf, pour une aimable plaisanterie, il est sûr que les gaillards ont une allure folle.

Le mimetisme avec la bande de Julian Casablancas saute aux yeux il est vrai au premier abord (les karakoés devant la glace familiale avec « Someday » en fond sonore sur la BBC ont du sans doute constituer leur quotidien il y a peu) et si les deux-trois premiers titres, comme « Up the bracket », entretiennent un moment l’illusion, la perfection mélodique des musiciens de la Grosse Pomme n’est que rarement atteinte par les flèches pourtant souvent empoisonnées de Pete, Carl, Gary et John.

On ne leur reprochera certes par leur investissement scénique, les deux leaders occupant l’espace le mieux du monde, dans des postures minaudantes mais énergiques au possible, rendant parfois compliquée la tâche de leur roadie, aux petits oignons et passé maître es-démêlage des fils plus souvent enchevêtrés qu’à leur tour.

Si l’énergie punk qui les habite se déversait dans des compositions d’un même accabit que celles des Kinks, Clash ou Buzzcocks, dont ils se réclament à corps et à cri, on leur accorderait sans problème une place de choix dans le parangon du rock.

Seulement, il leur reste encore à sévèrement travailler leurs fondamentaux et même l’adjonction de l’ex Clash Mick Jones à la production de leur premier opus, comme de Bernard Butler – ex Suede – avant lui, n’auront pas permis de séparer bon grain de l’ivraie : on souhaite ainsi bien du courage au prochain producteur du quatuor, passé maître semble-t-il ces derniers temps dans la mise à sac des chambres d’hôtels et autres limousines…
Histoire de faire oublier la sécheresse mélodique de nombre de leurs titres ?

Dans cette soirée événementielle consacrée au label Rough Trade, passé maître depuis 25 ans dans l’éclosion de jeunes pousses, on retiendra aussi les extravagances parfaitement assumables de British Sea Power, venus quelques jours à l’avance apporter sa contribution aux célébrations du 11 novembre.

Déguisés en poilus dans un décor champêtre, distribuant fort heureusement à la cantonade plus volontiers épis de blé qu’obus rouillés, ces brightoniens auront époustouflé l’assistance par leur incroyable maturité et le charisme d’un leader au timbre de voix certes limité mais terriblement envoûtant.

Renouant avec les épiques combat d’antan, ils auront assommé le public de leurs hypnotiques complaintes mues d’une colère froide et souvent ponctuées du martèlement martial d’une grosse caisse notamment trimballée dans l’assistance en toute fin de show.

Pour sûr, les touchantes compositions de Jacob Golden, accompagné pour l’occasion de sa compagne et muse, renouant avec des atmosphères féériques tutoyées chez Mojave 3, comme de Baxter Dury (le fiston de qui vous savez …) ne laissaient en rien supposer une telle décharge d’adrénaline finale.

L’héritier de Ian, au charisme plus que mesuré, tira essentiellement son épingle du jeu par l’entremise d’un guitariste virtuose, jamais dans l’emphase et qui fera atteindre à certains titres des hauteurs que les frangins Gallagher se désepèrent à retutoyer un jour : on n’en sera que plus curieux de découvrir son premier opus, « Len Parrot’s Memorial Lift », qui devrait répercuter avec bonheur les douces envolées psychédéliques découvertes sur scène.

Belle soirée en tous les cas, mémorablement animée par d’explosives djettes sensibles à accaparer l’attention de chacun par un comportement de tous les instants des plus extravagants : ce soir là, le spectacle était aussi bien sur scène qu’à côté, et ce n’en était que meilleur !

Jérôme Crépieux – suenospolares@yahoo.fr