Festival ça bouge ... encore au Nord / Des deux côtés de la Garonne ... Solidaires - Base de loisirs de Sesquières - Toulouse - 28-29-30 Septembre 2001Noir Désir - Manu Chao - Têtes Raides - Zebda - 100% Collègues - Fabulous Trobadors - Spook & The Guay - Tryo …

On est venu disqualifier TotalFina : ce refrain scandé par les 100% collègues, adaptation improvisée de leur tube "footo-underground", « on est venu se qualifier pour la Coupe Gambardella » , résume à lui seul le week-end revendicatif vécu par Toulouse la belle, la tumultueuse, meurtrie à jamais dans sa chair par les expérimentations hasardeuses d’apprentis sorciers.

Organisé par Takticollectif, la faction politique des engagés membres de Zebda, impliqués depuis longtemps dans la vie associative des quartiers nord de la ville, le festival ça bouge au Nord renaît cette année de ses cendres (sans mauvais jeu de mots …), et offre une affiche de rêve, rameutant 20 000 personnes par soirée, avec des noms qui claquent : Noir Désir, pour ce qui sera pour l’instant la seule date après la sortie de « des visages des figures », la der de Manu Chao, méritant bien une petite Proxima estacion : farniente, et des Têtes Raides entraînant dans leur bagages l’encombrante Ginette.

Mais ce festival ne se réduit pas seulement à la musique : alors que d’aucuns réclamaient son annulation pure et simple, eu égard aux événements tragiques survenus dernièrement, Bleu Citron, l’organisateur, et les frangins Amokrane répondaient, « y’a pas d’arrangement » : ce festival doit avoir lieu coûte que coûte, pour les gamins, notamment, pour lesquels nombre d’activités gratuites sont proposées; et pour tout un chacun l’espoir d’oublier un instant les galères du quotidien, quand dormir sous un toit devient un luxe …

Pour cela, on pensait pouvoir faire confiance à Noir Désir: passé l’insipide apéro Tryo, venu chantonner ses inoffensives comptines reggae electro-acoustiques, Bertrand et ses troupes investissent la scène du champ de Sesquières.

Bertrand a beau essayer de faire de son mieux, Serge mouliner ses accords avec rage, la mayonnaise tarde à monter. La faute à une balance certainement expéditive, qui dessert grandement à nombre de reprises le timbre tourmenté de Cantat.

On attendra le vent nous portera, une des trop rares citations du dernier album en date, mais surtout « les écorchés » pour vraiment décoller.

S’ensuivront un Tostaky d’anthologie, remis sur l’ouvrage à deux reprises, suite à de terribles soubresauts dans la foule, qui finissent par effrayer un Bertrand loin de ces excès scéniques antérieurs, qui avaient fini entre autres par quasiment briser ses cordes vocales … et quelques morceaux issus de 666.667 club, avec comme point d’orgue l’homme pressé, joliment dédié à un certain Thierry Desmarest, PDG d’un groupe pétrolier assez régulièrement exposé…

Sabotage ou pas, le morceau se termine dans l’obscurité ; et le gang, certainement fatigué par une heure trente de surexpostion scénique (leurs apparitions se font rares désormais) préfère jeter l’éponge et se retirer en coulisses. On aurait souhaité un peu plus de dignité de la part d’un tel groupe, en repensant à leurs heures de gloire passées, qui en faisaient le plus grand groupe rock français en activité …

Plus de risques à prendre désormais, on se la joue « pères-peinards » ; et des morceaux à priori taillés pour la scène comme le démesuré titre-fleuve l’Europe, sont omis, malgré la présence d’Akosh, qui en est réduit à jouer les utilités …

Certes, leur répertoire, malgré tout, survole bien largement toute la production hexagonale actuelle, mais quand il est recraché sans âme et sans trop d’enthousiasme, à quoi bon ? On se console ce soir-là comme on peut, grappillant ça et là quelques branches auxquelles se raccrocher (Lolita, Marlène, ces amantes déchues dans les bras desquelles on veut bien trouver un semblant de réconfort …) en bon aficionado de la première heure, mais tout cela est bien triste …

Pas facile dès lors d’oublier sa frustration sous le chapiteau electro, qui déverse ses décibels toute la nuit durant, les platines squattées par les mains expertes de Dj’s du label Playhouse. Peu de monde finalement à s’y trémousser, y aurait-il peu de rockers ouverts sur ce genre de musique ?

Après une nuit un tant soit peu réparatrice, et à peine remis de la marche de soutien aux sinistrés du complexe chimique AZF, les prémisses des odeurs de merguez-frites laissent présager l ‘arrivée à proximité du site, où l’aïeule Cheikha Rimitti déverse ses mélopées raï sur une foule des grands soirs (on joue à guichets fermés …, soit 20 000 personnes, une audience à faire pâlir d’envie bien des organisateurs de festivals …), qui n’y prête à vrai dire qu’une attention mesurée; l’heure étant plus certainement à la sustentation et l’absorption de moult breuvages pour encaisser le marathon scénique qui se profile …

Pensez-donc, avec des Têtes Raides au mieux de leur forme, qui débutent leur performance par un enchaînement diabolique de titres de leur dernier album en date (le bien-nommé Gratte-Poil …) et un Manu Chao apparemment guère venu là pour simplement cachetonner (suivez mon regard …) , la soirée saura provoquer les plus terribles des émois, et engourdir les jambes des préposés aux extra dansants …

Christian Olivier, donc, entouré de sa clique, comme de coutume tout de noir vêtue, concourt assez rapidement à faire frissonner la foule, et à entraîner dans sa douce farandole les ados venus se taper une suée latino, davantage préoccupés jusque là à faire preuve de leur bon apprentissage du « guide du rouleur » … Quand vient le très engagé moment de l’ « iditenté » « … que Paris est laid quand il se croit français… », un murmure parcourt l’assistance : Bertrand Cantat, intervenant sur disque, sera-t-il là, lui que l’on aperçut l’après-midi même flânant dans les ruelles de la ville Rose ?

A croire que les habitudes (voire les claques …!) se perdent, et le leader des Têtes raides reprend seul, comme un grand, le flambeau, ce qui ne nous empêchera pas de regretter le manque de collaborations entre artistes sur ce genre de festivals …

Le set, sans temps mort, fait la part belle aux orchestrations riches, tout de cuivres et de cordes parées, et fait ressortir le timbre profond et au combien émouvant du chanteur, bien piètre communicant, il faut bien l’avouer; mais quand le spectacle est d’un tel niveau, on veut bien passer outre … La loupiotte virevoltante saura comme de coutume marquer le tempo pour l’extravagant hymne du groupe, à savoir Ginette, et après une heure trente de concert, la fine troupe boucle ses valises et laisse la place à l’icône anti-mondialisation (bien que lui s’en défende et même s’en agace …), qui apparaît après un survol sonore de différents créneaux horaires et zapping compulsif des sonos mondiales …

On passera outre l’exubérante et dispensable intro confiée à son clavier spécialiste en bruitages «  kitchissimes » (avec une prédilection remarquée pour le cri de Tarzan …), l’arrivée de son alter-ego vocal, beau métisse assez vite fatigant (pour faire vite, on ne saurait que trop conseiller à Manu de les abandonner eux-deux, ainsi que son bassiste un poil lourdingue) pour se concentrer sur le « phénomène », qui, bien sûr, physiquement, n’en impose guère, vêtu comme de coutume d’un seyant maillot de foot (1,60 mètre, tout au plus, même si un bonnet engoncé jusque sur les yeux parvient à faire illusion…) …

En revanche, tant d’énergie concentrée en un seul homme, il faut bien que cela sorte, et le carnage commence : la liesse finit en un éclair par gagner l’ensemble du champ, certains finissent par recouvrer une seconde jeunesse, les titres s’enchaînent sans aucun temps mort, prouvant la cohésion hors norme du groupe (une dizaine de musiciens incluant batterie, percus, guitares, claviers, cuivres, accordéon …) et la bouteille du frontman.

Pour sûr, certains sont décontenancés par le parti-pris très ska-ragga/reggae, fort éloigné des arrangements studio, mais outre quelques «loukoumeries » (on veut dire par-là assez indigestes …), l’ensemble a de l’allure, et fait décoller plus de poussière du champ qu’une meute de motards décérébrés lancés sur les pistes du Ténéré …

Il est dès lors peu évident de reprendre son souffle, mais Manu, compréhensif, nous refait, après une heure 30 de « bastonnage »ininterrompu, le coup de l’impayable claviériste, vite rejoint par le braillard du début, qui a beau haranguer la foule, mais ne récolte que quolibets et protestations .

« Rendez-nous Manu ! … »

Voilà-t-il pas que l’autre bougre s’exécute, et là, c’est vraiment reparti comme en 40 : hormis un joli intermède « clandestinien », très acoustique, qui nous permet de nous ébaubir devant la dextérité du second guitariste, qui livre deux solo flamenco d’envergure; on ne peut plus dès lors répondre de rien …

On part pour une longue, aventureuse, décoiffante et extravagante tambouille sonore, qui mêle toute la sono mondiale de ces dernières décennies, incluant nombre citations azimutées (Clash, Sex Pistols, Marley, Mano … ), complètement destructurées par le band, et qui rappelle aux presque trentenaires la folie des années Patchanka, quand le petit banlieusard d’origine hispanique était à la tête du meilleur gang de l’hexagone . Mala Vida, King Kong Five, Sidi h’ Bibi sont remaniées à la sauce 2001 (muy piquante) et l’enthousiasme ne retombe point tout du long … La scène est envahie par tout ce que les coulisses comptent de fêtards, et bien vite Chao disparaît dans la mêlée (on n’est pas dans l’antre du rugby pour rien …), seul le son de sa guitare laissant supposer qu’il n’a pas été plaqué par quel sombre et vil adversaire …

Le temps d’aller souffler backstage, de laisser la scène à un cracheur de feu et une jolie jongleuse (sous nos yeux émerveillés, ressurgissent les souvenirs des photos prises lors du périple commun Mano / Royal de Luxe, quand ces artistes avaient monté la tournée Cargo en Amérique du Sud), accompagnés live par les musicos du radio Bemba Sound System, et Manu réapparaît rayonnant, tout à la joie de clore dans de telles conditions sa tournée … C’est reparti pour un tour, et s’il en fallait encore un peu plus pour laisser un souvenir impérissable aux spectateurs du show, c’est dans la déclaration sobre mais d’une telle justesse qu’on le trouvera : « De tout cœur avec vous dans l’épreuve … »

Ce Manu est vraiment un Monsieur, et au bout de deux heures trente de grande lessive, le public regagne contrit ses pénates, certain d’avoir accumulé en une soirée bien des ondes positives …

Il n’était dès lors guère évident de remettre le couvert dès le lendemain, pour l’ « excroissance » solidaire du festival, journée mise sur pied en un tour de main par l’organisation, décidément irréprochable (certains grincheux de s’indigner des bouchons vécus sur la Rocade, qu’ils aillent se frotter à d’autres festivals plus réputés …).

Tout le ban et l’arrière ban de la scène locale rameutée, Zebda reformée pour l’occasion, après quelques mois de mise en veille, 11500 spectateurs venus prendre quelques couleurs sous un soleil de plomb et manifester leur solidarité en musique (avec un prix d’entrée à 50 balles, il était aisé de le faire …), pour sûr, ça va pas être triste; et cela tranche sévèrement avec les minauderies d’un Drucker toujours prêt à redorer son image de gendre idéal (cf le pseudo téléthon bâclé lancé à grands frais la veille par France 2).

Les Fabulous Trobadors, très en verve, lancent les hostilités, avec leurs comptines décalées qui sentent bon l’ail, le patchouli et le pastis : Claude Sicre et Ange b rivalisent de roublardise dans des joutes verbales dont bon nombre de rappeurs feraient ben de s’inspirer (n’est-ce pas KDD, qui prend la suite …) et s’ils n’ont pas encore trouvé d’équivalent au piquant Come On Every … Baudis, pour l‘ex maire de Lourdes à la mèche impeccable (Zebda leur a grillé la politesse pour le tube des municipales, « Allez, ouste, Douste » !), ils ne se gênent guère pour égratigner l’hôte du Capitole, et plus généralement tout ce que la France compte comme symboles (Johnny et tout le toutim …)

Les 100% Collègues sauront à leur tour faire preuve d’une même impertinence, avec leur désormais entré dans l’histoire « On est venu disqualifier Totalfina », mais leur performance ne se réduit pas à ce seul haut fait de gloire : mêlant rythmes andalous (on ne compte pas deux émérites guitaristes comme Bernardo Sandoval et Serge Lopez dans ses rangs pour rien), refrains populaires nord-africains et textes picaresques, leur set joyeusement bordélique, emmené par les deux frères Amokrane, jamais avares de pitreries, entraîne lui aussi la foule bigarrée dans sa folle sarabande . C’est court (30 minutes, comme l’ensemble des performances de l’après-midi), mais ça ne faiblit jamais d’un chouia, et Zebda saura trouver, juste après les remuants et sautillants Spook and the Guay, quasiment le même niveau d’exigence : les tubes de « L’essence ordinaire », ne roulent pas, certes, cet après-midi là, tout à fait au super (un manque certain de préparation, mais qui leur en voudra ?) mais tout cela est d’une telle énergie et comble si facilement les frustrations de ne point les avoir vus depuis bien longtemps que tout cela est bien vite balayé … On en finirait par presque tomber la chemise, oualalaradime !

Bilan des festivités / hostilités : la pérennité du festival quasi-assurée (on verra Salah Amokrane, conseiller municipal issu des listes Motivé(e)s, exprimer son grand contentement le dernier jour), il sera bien entendu extrêmement difficile l’an prochain de proposer une telle affiche, les artistes programmés cette année étant certainement ce qui se fait de mieux sur le circuit rock français … La générosité des bénévoles, la beauté du site (sis sur une base de loisirs nautiques …), le prix modéré des tickets, les facilités d’accès, oeuvrent en tout cas pour lancer la prochaine édition sur la voie du succès, en espérant que les conditions en ville seront l’an prochain d’une toute autre nature …

Jérôme Crépieux / suenospolares@yahoo.fr


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 J'aurai voulu savoir comment contacter le groupe "Fabulous Trobadors", c'est vraiment important et super urgent. Donc s'il etait possible d'avoir le numéro de leur agent ou un E-mail,ce serait super!!! Merci d'avance 12/10/03 17:27
 enfoire c pas tryo qui est insipide c'est ces noir désir qui sont soporifiques. 06/06/03 17:23
 Je sais parler un peu francais. J´aime beacoup Zebda et les Faboulous...

Est Super...
Au revoir!
08/02/02 23:23