Fête de l'Humanité - 15 septembre 2001

La fête de l'Humanité : ses stands de vieux militants qui ont encore un idéal et aimeraient que l'on y adhère ; ses antennes départementales du Parti Communiste qui proposent davantage de spécialités culinaires locales, de qualité, que de visions décentralisées du programme de Robert Hue ; ses vendeurs de posters de "Buffy contre les vampires" - sont-ils le bien ou le mal ? - mais aussi de réfrigérateurs-congélateurs ou encore de véhicules Renault d'occasion encore sous garantie.

Et ses concerts.

Les têtes d'affiche de l'édition 2001 se révélaient être deux artistes poids lourds, qui vendent leurs albums par brouettes entières : Manu Chao et Patrick Bruel.
Par décence, la prestation du second ne sera pas
évoquée.

Eiffel ainsi que la Grande Sophie servaient
d'amuse-gueule avant l'événement qu'était la venue du leader anti-mondialisation Manu Chao sur le site du Bourget.
Ces deux jeunes groupes, originaire de province,
eurent quelques difficultés à rameuter la foule et
seuls quelques inconditionnels assuraient les
applaudissements et les encouragements de rigueur.
Malgré tout, ces jeunes loups semblaient fort à l'aise au cours de leurs prestations respectives.
Eiffel n'omit pas de dédier un morceau aux victimes récentes des attentats de New York tandis qu'un avion prenait son envol au loin et la Grande Sophie acheva son set en sautant à la corde : la fête de l'Huma est aussi une grande cour de récré.

A 21 h 45 précises, Manu Chao et son "radio Bemba"
allumaient le feu près de deux heures durant, laissant tantôt pantois, tantôt envoûté son auditoire, rassemblant au moins 50 000 latinistes.
20 ans après la mort de Bob Marley, dont le dernier concert français s'était justement déroulé au Bourget, l'ex-leader de la Mano Negra en a singé tous les gimmicks scéniques : bras en croix, danse frénétique sur lui-même, voix implorante avec visage crispé et yeux mis-clos, guitare rouge, ode à la marijuana ...

seuls les dreadlocks lui faisaient défaut, puisqu'il arborait même par intermittence un bonnet aux couleurs rasta.
A la différence de ses deux albums solos,
"Clandestino" et sa version copiée mais mal collée
"Proxima estacion : esperanza" qui déversent une
musique sud-américaine matinée de sonorités
européennes très convaincante, Manu Chao a
délibérément choisi de proposer ses morceaux en live, sous la forme de remix dub - sauce latino - teintés de ska, le tout en versions accélérées et relativement passables.

De quoi dérouter le spectateur venu apprécier la mise en scène, notamment, du tube de l'été "me gustas tu".
Si bien que la soirée deviendra un gigantesque jeu de devinettes avec pour thématique "quel est le morceau actuellement joué ?".
Pourtant la majeure partie du public ressortira
satisfaite du site, avec le sentiment d'avoir passé de véritables moments de fête.

Sa prestation est finalement proportionnelle au tarif d'entrée : 60 francs. Bon marché.
Et à l'instar de Björk, son nom est désormais une
marque de fabrique qui attire les foules et suscite l'engouement. Il faudra bien veiller, désormais, à ce que ses produits répondent aux normes françaises de qualité NF, et soient en cohérence avec les espoirs que l'on porte sur lui.

Samuel Charon - lnorahc@yahoo.fr


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